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Editions LettMotif (scénarios de films et livres de cinéma)
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Supplément d'âme hors-série 3
De Odon Abbal, Frédéric Rousseau, Sophie Delaporte, Jean-Charles Jauffret, Jean-François Sanchez, Annick Delacroix, René Pons, Anne-Marie Bosserdet, Andreas Latzko et Jean Debernard
LettMotif - Collection : Supplément d'âme - mars 1998
N’a-t-on pas tout dit, tout écrit sur la Grande Guerre ? Des historiens de renom, des écrivains talentueux, des milliers de témoins ont tous tenté, souvent avec bonheur, en trouvant les mots justes, de décrire les conditions de combat, d’expliquer la vie au front et à l’arrière. Mais l’histoire est une vieille dame qui ne cesse de rajeunir, toujours plus curieuse, toujours à la recherche de champs de travail nouveaux. Alors après avoir lu les péripéties du combat, après avoir réfléchi sur les causes de la Grande Guerre, après avoir abordé l’histoire des mentalités de l’époque, après avoir détaillé l’outillage mental des sociétés contemporaines, les historiens ont reconstitué peu à peu cette « culture de guerre » qui a permis à la grande multitude d’accepter l’inacceptable, le premier grand massacre industriel de l’histoire. Jour après jour, les familles exhument des greniers de vieux carnets, de vieilles lettres où les humbles acteurs de la tragédie racontent leur morne quotidien, loin des « éphémérides de guerre » des bulletins officiels. Toute histoire s’éclaire si les plus humbles racontent leur expérience.
Mais la guerre ne s’arrête pas dans les salons dorés de Versailles, et si les diplomates et les grands chefs de l’armée occupent le devant de la scène, l’heure est aussi au bilan. Si le fracas des armes s’est tu, d’autres luttes surgissent.
Les plaies ne se referment pas avec la signature du traité de paix. Le deuil des familles persiste dans la quête inlassable des corps que beaucoup veulent ramener dans le caveau familial. Et pendant que les familles se débattent dans les méandres de l’administration, d’autres, aux visages détruits, s’enfoncent dans un halo de mystère qui ne s’éclaircit que peu à peu aujourd’hui. Plus nombreux, plus heureux, mais néanmoins victimes, des milliers d’anciens prisonniers de guerre découvrent la méfiance de la nation qu’ils ont défendue. C’est contre l’oubli de ces pleurs qui ont longtemps persisté, de ce silence des gueules cassées, de la lutte des anciens prisonniers, que ce numéro veut témoigner, car longtemps après, il ne reste plus que la mémoire des pierres.
Lutter contre l’oubli, par la plume, mais suivant deux démarches. Celle, rigoureuse, minutieuse, de l’historien, à laquelle répond celle du romancier, celui qui a la possibilité d’écrire «l’histoire qui ment» comme l’a si joliment formulé Paul Veyne. Ainsi au travail bouleversant de Sophie Delaporte sur « Les blessés au visage » répond la nouvelle tragique du « retour » d’Andreas Latzko. Sans doute se dégage-t-il de tout l’ensemble une atmosphère accablante, la mort préside sans doute trop dans ces pages, mais comme l’écrivait Jean Guéhenno, dans le Journal d’un homme de 40 ans, « C’est ainsi qu’une génération est morte, que nos armes se sont perdues. Nous n’avons pu, pendant quatre ans, que nous aider les uns les autres à mourir, dans le même temps que nous aurions dû que nous aider à vivre. Cette émulation qui naît des vertus mêmes de la jeunesse n’a servi, dans notre cas, que la mort. »
Odon Abbal
format 140 x 210, 184 pages, Noir & blanc
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